371) Ô donneuse de Gloire ! fait voler sur ton front Serein l’âme essoufflée de l’enfant du pardon, Jusqu’à la Madrassa. Et toi, ô Belle-Voix, L’amie des rossignols et compagne des rois, Fait briller le Logos, de part Juste-Coutume, Pour que l’hora en vain ne frappe pas l’enclume. Et toi aux larges flans fait croître en lui les fruits Infinis et suaves: Amour et Prophétie.
Le voilà qui déjà ayant escaladé La marche au marbre vert, d’un seul bloc découpé - Pieuse réminiscence à la sainte Ka’ba, Pour tout prieur passé par la porte As’Safâ - Arrive face au Cheikh absorbé par Le Livre; Le salut, corps prostré, front plissé, cœur bien ivre; Quelque Rak’a récite; puis rapide il se dresse. Le cœur tambourinant, il raconte, ô noblesse ! Le doux maître écoutait de la nuit le récit, D’un oeil complice et clair, ses pensées réunies. Mais quand la verte pouce eut tari l’hypocrène En d’ardentes paroles, sans qu’on ne les retienne, Le vieil homme, à son tour, d’un dessein supérieur, Car pour lui Clair-Eclat dévoila ses splendeurs, Révélait son pendant dans une parabole, Tel que le fit jadis Mathieu, beau rossignol. « Voici que le semeur est sorti pour oeuvrer, Laissant au doux repos sa femme et premier né. De la route escarpée il pouvait voir, déjà, Des corbeaux attendant son labeur d’ici-bas. Le vaste seuil de bronze au devant d’Hèmérè, Par le fils d’Hyperion sur l’onde miroitait Depuis quelques instants, que depuis bien longtemps Notre père, affairé, ô inlassablement, Ensemençait Gaïa, source de lendemains. Les oiseaux festoyaient sur le bord du chemin, Se piquaient fort du bec en relevant leurs ailes Pour en intimider les rôdeurs pleins de zèle, Avant que de partir, poussés par l ’appétit, Vers l’autre terre aimable: sans même un pieux merci. Déjà l’ombre à ses pieds restait sans s’éloigner, Quand l’homme auguste et grand, le front lisse et perlé, Choisit pour sa retraite un vieux chêne chenu, Entouré de rocailles et de ronces barbues. Les quelques grains tombés sur les endroits rocheux, Où le terre en surface offrait très peut d’enjeu, Germèrent promptement à l’ombre du vieux sage. Mais quand le fort chariot eut contourné le mage Aux branches gigantesques, écrasant sous ses roues Les pouces pressurées, les racines, sans bouts Ni allonge, épuisées, mourraient sans un soutient. Tandis que le semeur clôturait son festin Par des gâteaux de miel de l’Hymette enneigé, Arrosant son palais d’un Formies tempéré, Les quelques grains tombés sur le pointu des ronces Essayaient vainement d’arracher de leur once Un quelconque pécule; avant que de mourir, Par leur hôte étouffés, sans avoir pu surgir. Revenu à son champs, ô inlassable amant, L’homme réconforté par le pain de cet an Voyait croître en ardeur, sur sa compagne aimée, Les heureux jours futurs à l’accent d’hyménée. Etonné il compta jusqu’à Lam sur sa gauche; Jusqu’à Sin à sa droite: jusqu’à Qaf en ébauche. » Sous l’énigme du jeu le pieux enfant croulait: Yeux bien ronds, bouche ouverte et sur son front des rais, Avant que de répondre, en homme plein d’esprit: « Le semeur est bien Dieu, que son Nom soit béni ! La graine est sa parole - qu’en soit satisfait Dieu ! Le champs est son royaume aux enfants laborieux. Si sa parole échoue dans des âmes légères, Où seul gouverne en maître Aphros sur la prière, Le message entendu aussitôt s’enfuira. Si la parole échoie, poussée de par Bat-hâ, Dans un cœur trop soucieux, suffit un vent contraire, Simple brise affaiblie, et renaît la misère. Si la parole est d’or chez le fou roi Midas, Aux richesses succombe, emplissant sa besace, L’âme étouffée, rongée, sans produire de fruit. Mais pour l’homme initié qui comprend et qui prie, La mesure en son cœur doublera l’espérance, La triplera, sans fin, jusqu’à gravir l’alliance. - Bel enfant du pardon ! ta parole introduite Au sein de cette école, oboles des Zaydites, Est grenade bien mûrs pour l’homme du désert. Car ces fruits, lentement, quand ils étaient bien verts, Ont su garder en vie les passions du Prophète, Pour que l’homme, à son tour, voit le char sur sa tête. Au nom d’Allah, le Juste et Miséricordieux, Et au nom d’Eloïm, pour ta mère et aïeux, Nos cousins par le livre et le sang et la joie, Et pour ceux des chrétiens, même si mainte-fois Ce peuple incirconcis nous a rogné les reins Entre l’Ebre et Douro, nous broyant dans ses mains, Par ces trois rois puissant demeurant au délice, Ton âme fut conviée à mirer ses prémices. Mais étant jeune encor, inconstant et fougueux, Ils ont, pour te guider, car ton trouble est heureux, Choisi trois serviteurs au milieu du troupeau. C’est pourquoi dans ton songe est chanté trois fois haut Le refrain éclatant d’une entente nouvelle, Qui du Chaos émerge, ô splendeur éternelle ! Ainsi donc, triple enfant, pars vers mon grand ami, Le rabbin Maïmoun aux paroles de fruits. Car il fut le second enflammé par l’amour Verdoyant, enfanté près du puissant faubourg. Quant au prédicateur vêtu d’un blanc manteau, Dont le regard est fixe et la main au repos, Que tu rencontreras assis sous l’olivier Au sortir de la ville, écoute ce berger Sur la voie du Seigneur. Car la vie qu’il choisit, Révérant notre Di.eu, pour nous tous réuni La plus humble est de loin, mais aussi la plus dure. Car par la sainteté façonnée, sois-en sûr, Sa gloire jaillira au devant du trépas, Pour le ramener où il te précèdera. Mais dans mon exposé il y eut dal essais, Comme dans ta vision il y eut dal monnaies. Car les lamentations, pour les pêcheurs humains, Sont au nombre de quatre, ainsi fut des Romains Qui jamais n’ont scruté les vouloirs du très haut, Préférant, de la chair, le malheur et les maux. Car pour toute la sphère animée sans la loi, Les passions et la mort son l’unique au-delà. Maintenant suit ton cœur, ton diadème et ton âme, Pour que d’autres témoins foie ajoute à Yadiâm. » A ce mot il se tut. Puis en prudent esclave Il salua l’élève, courbé dans l’architrave. Mais en se relevant, sur la tête encore verte Il aperçut l’obole à son regard offerte; Et cette vision bleue, récompense et témoin, Emplit son être ami des senteurs de jasmin. Le jeune ben Adam, intimidé encor, Regarda s’éloigner le doux cheikh, son mentor, Dans la pénombre ourlée du couloir tout marbré, Où seule rayonnait l’idée de sainteté, Par la parole pieuse, attributs charitables, Jusqu’à ce que les ombres enveloppent l’aimable.
Compléments de lecture
Ka’ba: ( Arabe ) Premier édifice carré, situé à la Mecque, consacré au D.ieu unique, construit, suivant la tradition musulmane, par Abraham et son fils Ismaël, et mis à la disposition du peuple.
As’Safa: ( Arabe) L’une des portes de la Mecque donnant sur vers la montagne de ce nom: " ... voyant qu'As-Safâ était la montagne la plus proche ..."
Hyperion: Un Titan, fils d’Ouranos et Gaïa, père d’Hélios (le soleil)
Hymette: Montagne de l’Attique, au Sud d’Athènes, renommée pour son excellent miel et ses carrières de marbre.
" « Rien n'égale pour moi cette aimable retraite: Là des verts oliviers les tiens seraient jaloux, O fertile Vénafre, et le miel de l'Hymette Est moins pur et moins doux; Là règne un long printemps que Baïa même envie; Là jamais n'ont sévi les hivers rigoureux; Là de Falerne Aulon, cher à Bacchus, défie les raisins savoureux. »
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